La traduction de la langue des signes en temps réel par IA : où en est-on ?
La traduction de la langue des signes en temps réel consiste à passer de la langue des signes française (LSF) au français, et inversement, pendant l'échange. En octobre 2026, aucune IA ne le fait de façon fiable en conversation libre. C'est le cap de SIGNON, entreprise française, à horizon 2028. Première étape, bientôt disponible : prendre rendez-vous en LSF, en autonomie.
Qu'est-ce que la traduction de la langue des signes en temps réel ?
La traduction de la langue des signes en temps réel désigne la conversion, par intelligence artificielle, entre la langue des signes française (LSF) et le français, oral ou écrit, pendant l'échange. L'objectif est simple : qu'une personne sourde ou malentendante qui s'exprime en LSF et une personne entendante se comprennent au fil de la conversation.
Concrètement, une personne signe : un système de traduction reconnaît son message et le restitue en texte ou en voix de synthèse. À l'inverse, quand une personne parle ou écrit, le message est rendu en langue des signes, par des vidéos ou par un avatar. C'est ce va-et-vient, pendant la conversation, qui distingue la traduction « temps réel » d'un simple outil de sous-titrage ou d'un dictionnaire de signes. Chez SIGNON, les messages en LSF sont des vidéos tournées par des signeurs sourds, pas un avatar.
Pourquoi ne pas simplement écrire ? Pour beaucoup de personnes sourdes, la langue des signes est la langue la plus naturelle ; le français écrit est une seconde langue, plus ou moins confortable selon les parcours.
Une traduction fiable de la LSF, au fil de la conversation : c'est le cap de SIGNON (voir notre vision). Pour y arriver, nous avançons étape par étape, en commençant par des échanges plus simples : les rendez-vous et formulaires en LSF, l'accueil au guichet et les décisions de l'arbitre au stade.
Pourquoi traduire la LSF est techniquement difficile
Beaucoup pensent qu'il suffirait de traduire les signes « mot à mot ». C'est une erreur de départ. La langue des signes française est une langue à part entière, dotée de sa propre grammaire et de sa propre syntaxe ; elle est reconnue comme telle depuis 2005. Elle n'est pas du « français signé », c'est-à-dire du français traduit signe par signe : la LSF possède une logique visuelle et spatiale que l'IA doit apprendre à interpréter.
Plusieurs caractéristiques rendent la traduction de la LSF par IA particulièrement exigeante :
- Une langue multimodale : le sens ne repose pas que sur les mains, mais aussi sur les expressions du visage, le regard, la posture et le rythme — plusieurs informations passent en même temps
- L'usage de l'espace : les signeurs placent les personnes, les lieux et les temps dans l'espace devant eux, puis y font référence — une grammaire spatiale qui n'a pas d'équivalent direct à l'oral
- Pas d'ordre des mots calqué sur le français : la structure d'une phrase en LSF diffère de celle du français écrit, ce qui interdit toute traduction littérale
- Une grande variabilité : variantes régionales, styles personnels, vitesse et conditions de captation vidéo compliquent la reconnaissance
- La rareté des données : contrairement aux langues écrites, il existe peu de corpus vidéo en LSF annotés, alors que l'IA en a besoin pour apprendre
C'est pour cela que la traduction de la LSF en temps réel reste un défi de recherche, qu'aucune solution ne relève encore de façon fiable. SIGNON avance étape par étape, en complément de l'interprétariat humain, qui demeure essentiel pour les échanges complexes ou sensibles.
Où en est la traduction automatique de la LSF aujourd'hui ?
La recherche progresse, en France comme ailleurs. Mais en octobre 2026, aucun traducteur LSF par IA ne traduit de façon fiable une conversation libre, ni vers le français, ni depuis le français.
- Ce qui fonctionne : les approches qui partent d'un contexte limité — un vocabulaire connu d'avance, des situations précises, des réponses courtes
- Ce qui reste difficile : la conversation libre, avec ses expressions du visage, son usage de l'espace et ses variantes régionales
- Ce qui reste indispensable : l'interprète en langue des signes, pour les échanges complexes ou sensibles
Une consultation médicale, un entretien d'embauche ou une démarche importante demandent un interprète. Selon une étude européenne de 2016 citée par la Fédération nationale des sourds de France (FNSF), la France comptait environ 400 interprètes professionnels en LSF. La FNSF appelle à former davantage d'interprètes et de traducteurs sourds.
La FNSF met aussi en garde contre la traduction automatique pour l'interprétation et les textes longs, et elle demande le recours à des traducteurs sourds. SIGNON partage cette prudence : ses outils viennent en complément des interprètes, et ses messages en LSF sont des vidéos tournées par des signeurs sourds.
SIGNON travaille sur les demandes courtes et prévisibles du quotidien, là où il n'y a souvent personne pour traduire. La personne sourde y gagne en autonomie.
Notre vision : échanger en LSF avec n'importe quel interlocuteur, horizon 2028
Notre cap : qu'une personne sourde puisse échanger librement en LSF avec n'importe quel interlocuteur, à l'oral comme à l'écrit, en visio comme au guichet.
Pour y arriver, nous avançons étape par étape, en commençant par les demandes simples du quotidien : un vocabulaire limité, des situations connues, et la possibilité de toujours faire préciser. Chaque étape répond à un besoin concret et prépare la suivante.
Ce cap ne consiste pas à remplacer l'interprète. Il s'agit d'ouvrir la LSF aux nombreux échanges du quotidien où il n'y a souvent personne pour traduire : une question au guichet, un message à un collègue, une démarche en ligne. Pour les échanges complexes ou sensibles, l'interprète reste indispensable, et le restera.
Trois volets pour un échange entre la LSF et le français
Pour accompagner un échange entre une personne qui signe et une personne qui ne connaît pas la LSF, une IA devra couvrir trois volets :
- De la LSF vers le français : comprendre ce que la personne signe, puis le rendre en texte ou en voix
- Du français vers la LSF : rendre en langue des signes ce que l'interlocuteur dit ou écrit
- Le texte écrit : garder une trace claire de l'échange, au guichet comme en réunion
Les premières étapes s'appuient sur des demandes courtes (voir les premières solutions). La personne sourde signe ou touche une carte, et l'organisme reçoit une phrase claire en français. Les messages qui lui sont destinés sont des vidéos en LSF, tournées par des signeurs sourds.
À terme, en visio comme au guichet
Cette IA pourra servir sur ordinateur, sur téléphone et en visioconférence, comme au guichet. Les premières étapes prennent deux formes : une petite application à ajouter au site d'un organisme, et une station posée sur le comptoir de l'accueil.
Les outils SIGNON sont pensés pour être utilisables par les personnes qu'ils servent : des vidéos en LSF, de grandes cartes à toucher, peu de texte, et rien à installer pour la personne sourde.
Étape par étape : les premières solutions de SIGNON
Les premières étapes portent sur des demandes simples, que l'on peut bien cadrer. Chacune rapproche SIGNON de la conversation libre.
Rendez-vous & formulaires en LSF — bientôt disponible
Une petite application à ajouter au site de l'organisme, ou un service en ligne clé en main. La personne sourde prend, décale, annule ou confirme un rendez-vous, ou remplit un formulaire simple, en LSF et en autonomie. Les questions sont des vidéos en LSF tournées par des signeurs sourds. Elle répond en touchant de grandes cartes, ou en signant devant sa caméra si elle le souhaite. Rien à installer pour elle.
Exemple : la personne signe « décaler mon rendez-vous à jeudi, 14 h 30 ». L'organisme reçoit, comme une réservation classique : « Je souhaite décaler mon rendez-vous à jeudi, 14 h 30. »
Pour les cabinets médicaux, les services publics et les entreprises. Découvrir les rendez-vous & formulaires en LSF.
Accueil au guichet en LSF — lieux pilotes recherchés
Une station posée sur le comptoir. Elle affiche en LSF les messages courants de l'accueil — « Votre dossier est prêt », l'orientation, l'attente — et transmet à l'agent, en français, les demandes simples de la personne sourde. L'agent n'a rien à apprendre. Découvrir l'accueil au guichet en LSF.
Les décisions de l'arbitre en LSF, au stade — projet en préparation
Pour le football et le handball. Un opérateur saisira la décision de l'arbitre en quatre touches au plus. De courtes vidéos en LSF, filmées à l'avance par des signeurs sourds, s'afficheront alors sur l'écran du stade et sur le téléphone des spectateurs, avec le texte en français et en anglais. Objectif : moins de 5 secondes après le geste de l'arbitre. Prochaine étape : un premier essai sur un match amical, avec l'accord de l'organisateur. Découvrir le projet au stade.
Les entreprises pourront inscrire ces outils dans leur démarche RSE, au service de l'accueil des personnes sourdes ; les collectivités et les établissements de santé, dans leur politique d'accueil.
Les usages : des premières étapes à la traduction LSF en temps réel
À terme, une IA qui comprend la LSF servira aux personnes sourdes et malentendantes dans des situations concrètes du quotidien. En France, près de 300 000 personnes, sourdes et entendantes, connaissent et utilisent la langue des signes (DREES, 2014). Certains usages commencent dès les premières étapes, sur des demandes simples ; d'autres relèvent de l'horizon 2028 :
- Démarches du quotidien : prendre, décaler ou annuler un rendez-vous, remplir un formulaire simple — première étape, avec les rendez-vous & formulaires en LSF, bientôt disponibles
- Accueils et guichets : une mairie, un hôpital, une agence ou un service client pourra afficher ses messages en LSF et recevoir les demandes simples en français — avec la station d'accueil, lieux pilotes recherchés
- Au stade : les décisions de l'arbitre en LSF, pour les spectateurs et les joueurs sourds — projet en préparation
- Réunions et visioconférences : pour la réunion elle-même, l'interprétation à distance par des professionnels reste la référence, aujourd'hui comme demain. À l'horizon 2028, SIGNON vise les échanges courts en visio — une question rapide, un point avec un collègue —, quand aucun interprète n'est prévu (voir visioconférence accessible)
- Inclusion au travail et dans les études : faciliter les échanges courts et informels entre collègues ou entre étudiants, quand aucun interprète n'est présent — horizon 2028 ; en cours et en formation, l'interprète et l'enseignement en LSF gardent toute leur place
Dans tous les cas, SIGNON se positionne en complément de l'interprétariat humain : ses premiers outils sont conçus pour les demandes courtes du quotidien, et l'interprète diplômé reste irremplaçable pour les échanges à fort enjeu.
Où en est SIGNON : corpus, conseil éthique et lieux pilotes
SIGNON est un projet construit étape par étape. Une première preuve de concept a vu le jour en septembre 2025. En octobre 2026, l'étape en cours est la constitution d'un corpus vidéo en LSF, indispensable pour construire une IA qui comprend la LSF. La collecte se fait sur une application web dédiée, avec des personnes qui pratiquent la langue des signes.
Le conseil éthique de SIGNON a été renforcé en septembre 2026 : plusieurs interprètes en langue des signes l'ont rejoint. Ils apportent leur expérience du terrain, et le conseil est consulté sur nos choix. Les engagements sont clairs : les vidéos des signeurs ne sont jamais vendues, ni diffusées sans un accord séparé, et les variantes régionales de la LSF sont respectées.
Les premiers lieux pilotes sont prévus fin 2026 et en 2027. La conversation libre reste le cap, à horizon 2028.
Vous pratiquez la LSF ? Vous pouvez contribuer au corpus sur partnaire.signon-app.fr (s'ouvre dans un nouvel onglet). C'est une participation volontaire : environ 2 heures au total, en séances de 20 à 30 minutes, devant votre webcam ou votre téléphone — une contribution libre et fractionnable. Consentement explicite, pseudonymisation, hébergement en France et suppression sur simple demande.
SIGNON est une entreprise française basée à Besançon (Bourgogne-Franche-Comté), fondée par l'ingénieur en IA Mehdi Mougin et accompagnée par la Fabrique Numérique Besançon et KOHAI. Le projet a été distingué par le French Tech Tremplin 2025 (Coup de cœur du public) et les CIC Start Innovation Awards 2026 (Prix du Public), et il a été reconnu lauréat French Tech Incubation 2026.
Pour suivre l'avancée du projet ou devenir lieu pilote, écrivez à contact@signon.fr ou passez par notre page Contact.
SIGNON : à ne pas confondre
Plusieurs projets portent un nom proche. Pour lever toute ambiguïté :
- SIGNON (signon-app.fr) est l'entreprise française décrite ici, qui conçoit des solutions d'accessibilité pour les personnes qui pratiquent la langue des signes française (LSF)
- SignON était un projet de recherche européen (programme Horizon 2020), terminé en 2023 — sans lien avec SIGNON
- SignOn Connect est une application américaine centrée sur la langue des signes américaine (ASL) — également sans lien avec SIGNON
Questions fréquentes
Peut-on vraiment traduire la langue des signes en temps réel par IA aujourd'hui ?
Pour une conversation libre, pas de façon fiable en octobre 2026. La LSF est une langue visuelle et spatiale, sans correspondance mot à mot avec le français, et les vidéos annotées pour entraîner une IA restent rares. Les approches qui fonctionnent partent de situations limitées et connues. C'est la démarche de SIGNON, étape par étape, avec un cap à horizon 2028. Pour les échanges complexes, l'interprète reste indispensable.
La langue des signes française est-elle une simple gestuelle du français ?
Non. La LSF est une langue à part entière, avec sa propre grammaire et une syntaxe visuelle et spatiale. Elle se distingue du français signé, qui reprend le français signe par signe. C'est pourquoi une traduction mot à mot est impossible, et la traduction par IA techniquement difficile. Pour ses messages en LSF, SIGNON s'appuie donc sur des vidéos tournées par des signeurs sourds.
Dans quels sens fonctionnent les outils SIGNON, entre la LSF et le français ?
SIGNON commence par des demandes simples. Avec les rendez-vous et formulaires en LSF, bientôt disponibles, la personne sourde signe ou touche une carte, et l'organisme reçoit une phrase claire en français. Les questions qui lui sont posées sont des vidéos en LSF, tournées par des signeurs sourds. Échanger librement en LSF avec n'importe quel interlocuteur, à l'oral comme à l'écrit, c'est la vision de SIGNON, à horizon 2028. Même à cet horizon, pour les échanges complexes, l'interprète restera indispensable.
Existe-t-il une application ou un traducteur IA pour la langue des signes ?
Pas pour une conversation libre en LSF. Il existe des dictionnaires de signes en ligne, des outils qui affichent des textes courts en langue des signes (vidéos ou avatars) et des prototypes de recherche, souvent pour d'autres langues des signes que la LSF. Mais en octobre 2026, aucune application ni aucun traducteur par IA ne traduit de façon fiable une conversation en LSF. Pour un échange important, on fait appel à un interprète, sur place ou à distance. SIGNON prépare des outils pour des situations précises : prendre ou décaler un rendez-vous et remplir un formulaire en LSF (bientôt disponible), être accueilli au guichet (lieux pilotes recherchés).
Une IA peut-elle remplacer un interprète en langue des signes ?
Non. Pour les échanges complexes ou sensibles, comme une consultation médicale ou un entretien d'embauche, l'interprète reste indispensable, et le restera. SIGNON conçoit ses outils pour les demandes courtes du quotidien, en complément des interprètes. Plusieurs interprètes en langue des signes ont d'ailleurs rejoint son conseil éthique.
SIGNON est-il le projet européen SignON ou l'application SignOn Connect ?
Non. SIGNON est une entreprise française indépendante basée à Besançon, qui conçoit des solutions d'accessibilité pour les personnes qui pratiquent la langue des signes française (LSF). Elle n'a aucun lien avec le projet de recherche européen SignON (Horizon 2020, terminé en 2023) ni avec l'application américaine SignOn Connect, centrée sur la langue des signes américaine (ASL).
Discutons de votre projet d'accessibilité
La vision se construit avec le terrain. SIGNON cherche ses premiers lieux pilotes : entreprises, collectivités, établissements de santé, clubs sportifs. Vous accueillez du public et vous voulez avancer avec nous, étape par étape ? Parlons-en.
Vous pratiquez la LSF ou vous êtes interprète ? Participez à la constitution du corpus. Interprète, vous pouvez aussi rejoindre notre conseil éthique.